Les signes perceptibles du territoire

27 05 2009

mathieu_guidereInterview de Mathieu Guidère, professeur à l’université de Genève, spécialiste des systèmes de représentation.

La sémiotique comparée des territoires peut elle être un outil de “différenciation” pour les territoires ?
M.G. la sémiotique comparée des territoires, également appelée “sémiotique interculturelle”, s’attache à étudier les signes qui font sens entre les cultures, que ce soit par analogie ou par opposition. Cette sémiotique s’intéresse particulièrement aux valeurs connotatives attachées aux territoires dans chaque culture: masculin, féminin; fermé, ouvert; triste, joyeux; beau, laid; raffiné, vulgaire; sacré, profane, etc. De ce point de vue, la sémiotique comparée peut servir d’outil de différenciation parce qu’elle permet de révéler précisément l’image ethno- ou bien socio-culturelle qui distingue un territoire par rapport à un ou plusieurs autres territoires.

Comment peut-on dégager les signes qui font sens sur un territoire et qui forment son identité ?
M.G. Dans le cadre de la sémiotique comparée ou interculturelle, les signes attachés à un territoire dépendent de deux éléments principaux: la source (le territoire considéré) et la cible (le public qui perçoit ce territoire). Autrement dit, les signes qui font sens sur un territoire se trouvent dans l’interaction entre représentation (du territoire) et perception (de ce même territoire).

Que pensez vous des “mises en marque” des territoires ?
M.G. Les territoires ne sont pas un objet neutre ni purement instrumental. Ils sont le résultat d’une évolution historique et demeurent au cœur d’enjeux politiques majeurs un peu partout dans le monde. Leur “mise en marque” est dangereuse parce qu’elle peut d’une part, réveiller des rancœurs historiques enfouies, et d’autre part, exacerber des identités meurtrières. La “fierté territoriale” exhibée par les uns n’est pas toujours appréciée par les autres. Si la mise en marque des territoires est sous-tendue par une représentation nationaliste, elle est sûrement condamnable. En revanche, si l’objectif est de donner une identité consensuelle d’un territoire particulier, elle peut être un instrument de promotion de la paix et du dialogue entre les peuples. Mais il faut faire attention aux clichés et aux préjugés!

(Voir Guidere M. et Howard N, The Clash of Perception, Washington: CADS Press, 2006. La Communication multilingue, Paris/Bruxelles, De Boeck, 2008, pp.101-102, Irak in translation, Jacob-Duvernet, 2008)


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